Laure Le Prunenec – Interview

Entretien avec cette chanteuse hors-pair suite à la sortie de son projet Corpo-Mente en compagnie d’Igorrr.

Hell Hina – Tout d’abord, peux-tu nous en dire plus sur ton parcours musical : es-tu autodidacte, es-tu passée par une école ?

Laure Le Prunenec – Toute petite j’étais déjà grande et ma maman m’avait inscrite à un cours de basket… Je pleurais avant d’y aller tellement ma sensibilité allait vers la musique (surtout chanter) mais, à mon grand malheur, je ne le savais pas encore…
Et puis elle a fini par craquer de me voir si triste et m’a inscrite à un cours de piano classique en école de musique. J’ai étudié le solfège et cet instrument pendant 8 ans. Mais je ne me trouvais pas, j’adorais interpréter Chopin, Mozart ou Debussy…Mais le chant avait pris tout mon temps, dès que je me retrouvais seule je chantais. J’ai donc pris la décision d’intégrer le cours de chant lyrique où j’ai appris les bases (souffle/Gammes/Posture ect) pendant un an, ensuite j’ai rejoints un atelier Jazz aussi où l’improvisation m’a ouvert les portes de la composition, des groupes de musique et autres recherches musicales.

HH – On t’entend sur certaines de tes propres chansons, en dehors de Corpo-Mente, jouer de l’orgue. Est-ce que tu joues d’autres instruments ?

Laure - Oups déjà répondu… :) trop bavarde…

HH – Tu utilises dans tes chansons un langage que tu as inventé ? Pourquoi ce choix, et comment se passe l’écriture ?

Laure - J’ai toujours eu un souci avec le langage, déjà petite je parlais très peu, on ne parlait pas beaucoup à la maison… J’étais beaucoup dans mon imaginaire. Je me souviens que je commençais déjà, quand j’avais à peu près 10 ans, à écrire des formules magiques dans une langue inconnue. Je jouais à la sorcière, je créais des potions qui faisait du bien (j’allais jusqu’à chercher les vertus de chaque plante dans des livres de médecine de ma mère). Je ne sais pas pourquoi mais je sens que ce langage est né à ce moment-là. Au fil du temps, avec la timidité et mon manque de confiance j’ai vite revêtue ma carapace « comme tout le monde » et j’ai toujours chanté en français ou en anglais.

Il y a seulement quelques année (2008/2009), j’ai fait la rencontre de Laurent Lunoir et j’ai tout de suite adhérer à son projet Öxxö Xööx et ceci m’a permis d’affirmer ce langage instinctif, cette langue du cœur finalement…

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Pour le côté pratique de l’écriture tout se passe d’une façon assez magique. J’enregistre ma voix en premier, c’est ce qui va fonder tout le morceau. Ensuite j’esseule ce qui m’intéresse (en général j’ai déjà fait plusieurs pistes de voix harmonisées pour avoir une première ambiance). Je mets en boucle ce moment et là je commence à écrire ce que j’entends. Mon processus d’écriture est à l’inverse de vouloir créer une chanson avec un texte parce que ce sont les mots qui guident la musique. Ici, de la vibration, naît un mot et non l’inverse. Un mot n’est plus un mot mais une image, parfois une sensation et son contraire (ex : Dulcin, Douce douleur) , qui sert aussi à révéler ce monde des sens.

J’aimerais à l’avenir réussir à partager cela (master class ou autre) parce que c’est une sensation très agréable que d’écrire ce qui sort et non d’ utiliser ce qui nous a conditionner à écrire ou ce qui nous a même souvent plus perturber dans la vie. Pour moi il n’y a plus que des possibles sans cette barrière des mots. Et l’expression vient vraiment de soi. Le corps, l’esprit.

HH – Sur quoi joues-tu pour colorer tes morceaux si les auditeurs ne prennent pas la peine de chercher à traduire ces paroles ?

Laure - Un langage cinématographique s’émane très vite de nos morceaux. Après je pense qu’il n’y a pas besoin de combler quoi que ce soit. La couleur est déjà là. Elle n’est juste pas palpable, ce qui peut en déranger certains je reconnais.
Mais ce que j’observe, depuis que le disque Corpo Mente est sorti ou même depuis Tout petit moineau c’est que cela intrigue la majorité. J’ai une multitude de messages privés de grands curieux , où je peux échanger sur ce langage, où je peux partager les traductions, parce qu’il y en a, cette langue à un sens, il n’y a juste pas de mécanique, elle n’est pas figée dans un dictionnaire, c’est une vraie langue vivante!!!

HH – Comment avez-vous déniché la petite fille du clip de Fia ?

Laure - Je ne me suis occupée de rien. La petite fille Yumé est une actrice qui a l’habitude de tourner dans des pubs, certains films ect… Elle a commencé sa carrière déjà!! Ce sont Léo et Maxime qui l’ont dénichés sur une page Facebook prévue à cet effet. Il n’y avait aucun budget ni demande de rançon (Mouahahahah).

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HH – Quelles sont tes influences ?

Laure - La musique du générique de Super souris :)

HH – Dans une interview de Öxxö Xööx, tu évoques beaucoup le travail sur soi, que ce soit se « sortir de ses enfers », « regarder la part lumineuse en toutes choses aussi sombres soient-elles ». Comment tu fais toi, pour sortir de tes enfers ?

Laure - D’abord je ne me souviens pas avoir dit cela, je pense que Laurent a dû écrire pour moi.. Je suis quelqu’un qui a besoin de se prendre des murs, de se tromper, de tomber pour clarifier les choses. Je suis extrêmement fragile en amour et j ‘ai l’impression de mourir très souvent ce qui me permet de renaître, de changer de peau et aussi de creuser encore plus loin en moi (c’est un sujet que j’exprime dans la chanson Ort, de Corpo Mente).

HH – Tu déclares également que « trop de groupes se ressemblent parce que dans ce monde tout doit aller vite et respecter une norme ». Quel fut dès lors ta réaction quand tu as vu l’album de Corpo-Mente a atteint le top des vente sur Bandcamp ? Quels sont les sacrifices à faire pour sortir de cette norme ?

Laure - Je ne me souviens pas non plus de cette réponse, et je ne m’exprime pas comme ça d’habitude… étrange ! J’aimerais vraiment relire cette interview je devais avoir piscine ce jour-là…Et puis encore une fois rien est figé pour moi et je n’ai pas de souci avec la norme, je ne m’embête pas avec ces questions, je fais ce que j’ai à faire, ce qui me semble le mieux. Et en plus je ne suis pas opportuniste..

Il peut y avoir des choses que l’on sait déjà. Je ne serai jamais une starlette, je ne ferai jamais partie de ce monde, je le sais c’est comme ça. ça ne m’intéresse pas. Après être reconnue pour mon travail oui mais surtout être écoutée par le plus grand nombre! Le partage, l’échange, et surtout donner… Mais je reste persuadée que le meilleur moment est la composition :) La scène c’est déjà plus complexe..

HH – Comment se déroule la composition dans Corpo-Mente ? Igorrr intervient-il dans tes lyrics, et as-tu ton mot à dire pour la musique ?

Laure - On a tous les deux notre mot à dire en général, on ne se cache rien mais chacun travail chez soi :) dans sa bulle. Gautier m’envoie des idées de musique composées, des bouts et moi j’en fais une chanson. Je parle de chanson parce qu’à partir du moment où l’on place une voix avec un refrain quelque chose qui revient dans les oreilles, on peut parler de chanson à ce moment-là. Et ensuite on brode à partir de cette base déjà bien aboutie.

Gautier n’intervient jamais dans le choix du texte. Comme moi qui n’intervient que très rarement dans tout le travail de mix et maestering.

HH – Un DVD avec l’un de tes projets est-il prévu ?

Laure - Pour le moment je n’en ai pas entendu le son de cloche de Normandie, ni la petite cigale cachée dans ses herbes provençales, ni le son du klaxon à New York :)

HH - Où en est ton album solo ?

Laure - Là je suis en plein dedans !! Je travaille avec Simon Capony pour le mix et le mastering (Studio Basalte, Clermont Ferrand) et Aymeric pour les orchestrations midi (batteur de Pryapisme).

C’est une grande famille, tout le monde se connait et se soutient dans ses projets solos. D’ailleurs deux membres de Corpo Mente m’ont rejoint sur le disque : Vincent Beaufort à la batterie (enregistrée à Improve tone studio, Clermont Ferrand avec Hervé Faivre) et Antony Miranda à la basse. J’ai aussi fait un gros travail en amont avec Laurent Lunoir pour les parties guitares, et quelques amis sont venus me rejoindre sur certains morceaux (Little Bird, Sïen Lïan) ; un violoncelliste par ci (Guillaume Pruvost) une accordéoniste par là (Marie Leclerc)…Le plus difficile du travail est maintenant, donc je ne suis pas au bout de mes peines, je suis déjà dans la hâte du deuxième!!…Il sortira chez Blood Music courant 2015 et je l’ai appelé LÏAN.

A propos de l'auteur

Jérôme

Diplômé en journalisme, je fais des interviews de groupe depuis 2005 sur mon propre webzine, Hell Hina.

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