Chocolate Pain – Bliss – Chronique

Sacrée surprise que cet album de Chocolate Pain, second essai de la formation grenobloise qui dure plus d’une heure ! Que nous réserve-t-il ?

Opéra rock ambitieux

Mars 2012

On commence avec Feel like a looser, court morceau rock qui envoi du lourd avec un refrain très efficace (« I hate the world »), des guitares qui s’affolent, des chœurs proches du hardcore, un grand bol d’énergie en somme.

Who’s your daddy montre subitement une obstination du groupe dans l’expérimentation : des chœurs déjantés comme on pouvait en trouver sur le premier opus de System Of A Down mêlé à l’usage d’un mégaphone, des riffs saccadés et, surtout, pas vraiment de refrain. Sin Wave nous plonge dans une atmosphère bien plus sombre : le tempo se fait plus lent, plus post-hardcore, les chœurs sont tantôt fantomatiques en début de morceaux, tantôt plus chargés en émotion, émotion quelque peu tournée en ridicule par les « away » prononcés à la française, un contraste essentiellement dû aux interludes où les intonations sont vraiment marquées. The Box s’amuse à nous conduire en montagnes russes avec un monologue vociféré en début de chanson, avant de retomber dans la mélancolie avec des guitares plus calmes, avant de repartir dans des solos simples mais efficaces. Le passage le plus saisissant se situe néanmoins au milieu de morceau où le groupe, à la manière d’une impro de Mike Patton, s’amuse à pousser des cris de désaxés façon Tex Avery.

Le très far west One’s best time, Addiction et son tempo plus lent (xylophone), The Last Tango qui se la joue tango rock… Chocolate Pain nous livre un album certes rock, mais surtout trop ambitieux. Alors que la formation grenobloise manie bien les titres accrocheurs comme Break a fuse, la majorité du disque emprunte trop de voies à la fois, comme l’illustre Story of Max, une mélodie très « cirque » qui s’engouffre dans une folie loufoque (chœur russe, voix arabisante, trombone et trompette…) de plus en plus irritante. Les morceaux sont quasi tous sans cesse progressifs, le début différant complètement de la fin.

Mais le point noir vient du concept lui-même. L’album traite de « l’histoire de personnages à la recherche d’un bonheur fantasmé et intouchable », mais au lieu de cantonner celle-ci au livret pour ceux qui voudraient aller plus loin comme l’avaient fait Fear Factory ou The Protomen, ou bien de n’y consacrer qu’une intro comme Pleymo sur Medecine Cake, l’auditeur se retrouve sans cesse brisé dans son élan par pas moins de 6 interludes (!), sans compter les chansons ambiantes tragiques et théâtrales (The Parcel, Rats, Bro Song 2) disséminées partout sur le disque. Bref, si vous n’êtes pas familier avec la langue de Shakespeare, les bruitages et cris sont trop rares pour vous donner une quelconque indication sur ce qui est en train de se passer. Vu que la moitié des titres consistent en de la narration,  je m’interroge sur son adaptation sur scène : yaura-t-il des protagonistes, des vidéos, ou le groupe esquivera-t-il simplement ces passages pour se concentrer sur les « vraies » chansons ? Il vaudrait mieux, histoire de ne pas avoir en face de soi un groupe plongé dans un délire peu compréhensible.

Avec Bliss, Chocolate Pain indique clairement sa volonté de jouer dans la cour des grands, d’être pris au sérieux et d’offrir un disque complet. Malgré que ce dernier soit trop hétérogène et préfère donner la primeur au conte qu’aux chansons, un son particulier se distingue. Le prochain opus devrait être le bon.

6.0
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A propos de l'auteur

Jérôme

Diplômé en journalisme, je fais des interviews de groupe depuis 2005 sur mon propre webzine, Hell Hina.

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