Orianne O. – Interview
Interview avec Orianne O. photographe des Mindlag Project qui voyage sans-arrêt aux quatre coins du monde et passe peu de temps derrière son pc. Et oui : elle fait de magnifiques photos sans toucher à Photoshop !
Hell Hina : Salut Orianne, peux-tu tout d’abord te présenter et nous expliquer quels est exactement ton métier ?
Bonjour ! Je suis photographe, je travaille dans différents domaines en fonction de la demande et des sujets. Il y a d’un côté le travail de commande et de l’autre un travail artistique plus personnel. J’ai commencé dans le domaine du reportage, essentiellement à l’étranger, puis j’ai complété mes activités avec les domaines de la musique et de la mode.
J’ai aussi un business avec ma mère autour du tourisme et du voyage. Quand elle est à l’étranger je dirige l’entreprise et quand je suis en mission photo, c’est elle qui prend le relais. C’est un choix, et un bon compromis, qui me permet d’être stable financièrement et de ne choisir que les missions qui m’intéressent en photographie. Cela favorise et facilite également mes déplacements à l’étranger, ce qui est une très bonne chose.
Hell Hina : Tu travailles avec trois boîtiers argentiques et trois boîtiers numériques. Peux-tu préciser lesquels pour les passionnés qui nous lisent, quels sont tes préférés, et si tu comptes t’en procurer d’autres prochainement ?
C’est tout à fait exact ! et deux polaroid aussi
C’est mon père qui m’a donné mon premier boîtier, un Nikon FM (que j’utilise encore très souvent d’ailleurs). C’était un rêve pour moi, je l’observais faire des photos depuis toute gamine. J’ai toujours été impressionnée par son « œil » et son savoir faire, il est clair qu’il m’a influencée au plus au point. Mon grand père était d’ailleurs lui aussi un excellent photographe, bref c’est une affaire de famille. Quand mon père m’a donnée ce boîtier il me parlait des grands reporters, des prouesses techniques des constructeurs pour fabriquer des boîtiers qui pourraient résister à un environnement de guerre (notamment au Vietnam où les appareils devaient résister à de fort taux d’humidité, aux chocs et j’en passe) tout en limitant le poids et les contraintes pour les photographes. J’avais des images de reporters en action plein la tête. Avec ce premier boîtier, j’ai pu commencer à expérimenter, tester et acquérir le background technique indispensable.
Quelques années plus tard, j’ai convaincu mon père d’acquérir un Nikon F4s (dont il rêvait depuis des années) que j’avais repéré d’occasion. Malgré le cout d’investissement, il s’est laissé tenter et je lui ai ramené ce boîtier aux Antilles (là où il vit) lors de vacances. Je pense qu’il a vite remarqué à quel point j’étais envieuse, ce boîtier est une petite merveille à l’histoire noble. J’ai eu une très belle surprise quelques mois plus tard, mon père m’avait construit lui-même un Nikon F4 en commandant les pièces détachées aux quatre coins du monde ! Ca reste l’un des plus beaux souvenirs de ma vie mais aussi l’un des meilleurs boîtiers que je possède.
J’ai enfin un Nikon F301, moyen en qualité mais important affectivement car il appartenait à ma mère.
En ce qui concerne le numérique, j’ai commencé avec un petit Nikon Coolpix. J’avais beaucoup de mal, n’ayant plus le choix de la pellicule, je n’arrivais pas à retrouver de beaux noirs & blancs contrastés et profonds. Les images étaient très…. grises! Et c’était difficile aussi d’avoir en main un appareil qui faisait le dixième de mes autres boîtiers, en taille et en poids ! Mais j’ai commencé à saisir que la démarche était différente, qu’on ne fait pas les mêmes images en numérique et en argentique et que finalement c’est une question de choix et de contexte artistique.
Pour des raisons de coût (notamment d’achat de pellicules et de développement), j’ai investit dans un Nikon D80 afin d’honorer mes contrats en reportages sans me ruiner et pouvoir transmettre les images au plus vite à la meilleur qualité possible. Puis récemment je suis passée au Nikon D300 qui est un bon boîtier, où je commence à retrouver partiellement la qualité de traitement du F4. En projet « raisonnable » (car sans la raison, je prendrai direct un Nikon D3s !! haha), j’aimerai passer au D700 pour retrouver un format 24×36.
Hell Hina : J’ai été assez bluffé de lire que tu n’utilises pas Photoshop. Est-ce par principe ? Quelles précautions cela nécessite-t-il de faire pendant la séance photo ?
Effectivement, je n’utilise pas photoshop. Je fais un développement de mes photos numériques avec Lightroom en suivant les mêmes étapes et principes qu’un développement classique. Ca s’arrête donc aux contrastes, éventuellement au virage et à la saturation, je ne sais d’ailleurs pas utiliser les autres fonctions. Il y a deux choses concernant photoshop. La première est que j’estime qu’en aucun cas photoshop ne doit compenser un manque de connaissances techniques et d’expériences. La deuxième est que très sincèrement, ca me gonfle lol. Je suis incapable de rester des heures derrière un ordinateur, je crois qu’à force ca me rendrait un brin dépressive hahaha.
J’ai un profond respect pour les grands maitres de photoshop, ceux qui font un travail délibérément retouché pour donner du sens à leur univers créatif, à une idée ou un art tout simplement. Il existe de véritables orfèvres en la matière et c’est un métier à part entière. Par contre j’en ai beaucoup moins pour tous les photographes qui l’utilisent pour camoufler les imperfections, compenser des lacunes techniques ou dissimuler un réel manque de travail en amont. Bref, chacun son éthique mais personnellement je préfère passer 12h à apprendre ou expérimenter une nouvelle technique photographique plutôt que de passer ce même temps à retoucher une mauvaise image.
Ainsi, il y a vraiment un gros travail avant chaque séance studio, surtout en ce qui concerne l’éclairage. Et lorsque cela est possible, savoir s’entourer d’une équipe sérieuse est fondamental, rien n’est plus important que l’échange d’idées et la mise à profits des compétences de chacun.

Hell Hina : J’ai également remarqué que si tu fais de la photo depuis l’âge de 10 ans, tu ne bombardes pas tes portfolios internet de photos. Un désir de rester discrète ? Tu penses les publier plus tard ?
Je publie parfois d’anciennes photos mais je suis plutôt quelqu’un qui cherche sans cesse à aller de l’avant. Elles ont déjà été exposées pour la plupart, il y en a d’autres que personnes ne connait. Peut être qu’un jour, dans quelques dizaines d’années, elles rejoindront un fond photographique… enfin je dis ça avec beaucoup d’espoir et une pincée d’utopie
Mon gros défaut est d’être un vrai caméléon, mon style évolue et change à une vitesse impressionnante. Pour l’instant, je n’arrive toujours pas à avoir de contrôle sur cela. Mon style évolue avec ma vie au quotidien, j’ai tendance à m’intéresser à tout donc je ne me spécialise dans rien. C’est un problème car souvent les gens ont du mal à percevoir une cohérence dans mon travail, c’est d’ailleurs sur cela que je travaille en priorité depuis plusieurs mois. Mes premières photos seraient « hors sujet » et j’ai encore peur de trop embrouiller mes clients et le public.
Hell Hina : En quoi Raymond Depardon a influencé ta manière de photographier ? As-tu d’autres références en la matière ?
Raymond Depardon est mon âme sœur photographique. Ses images me parlent comme aucun autre photographe. J’ai découvert son travail avec le film San Clemente où il avait réalisé une immersion photographique au sein de l’hôpital psychiatrique Italien. Je faisais une maîtrise de cinéma à l’époque et c’est dans le cadre de mon mémoire que j’ai été amenée à découvrir ce film. Puis j’ai lu Errance… Quelques années plus tard, je reprends Errance en main et là c’est le choc ! La ressemblance avec mon propre travail, la même façon d’appréhender les choses, le même type de positionnement et aussi, les mêmes questionnements. Grâce au texte qui accompagne les photos d’Errances, j’ai compris que je pouvais assumer mon regard, que je pouvais en faire un parti pris. Ca m’a vraiment rassurée de comprendre qu’il n’y a rien qui cloche chez moi mais qu’au contraire, mon positionnement bizarre est peut-être ma force artistique. Cette façon de ne jamais être trop prêt des choses et des gens mais ni trop loin non plus, cette distance qui fait que même si je photographie Time Square aux heures de pointe on peut croire que la ville est quasi déserte, etc…. Grâce à Raymond Depardon, tout ceci je l’assume désormais. Et puis il faut rappeler qu’il est un ancien de chez Magnum, qu’il a lui-même fondé une excellente agence de photographes (Gamma), que c’est un grand voyageur et amateur du désert. J’aime ses mots, ses images, ses sujets, bref c’est mon principal référent, celui qui me motive quand je doute trop de moi.
Il y en a quelques autres, Stanley Kubrick dont la simple vision d’un de ses films me recadre. Lorsque je suis confuse artistiquement ou dans une mauvaise passe, je regarde une de ses œuvres et à la fin du film tout va bien, je sais de nouveau qui je suis et ce que j’ai à proposer !
Il y a Lee Miller aussi qui est une sorte de modèle féminin. Et beaucoup d’autres dont j’apprécie énormément le travail mais qui influence moins ma démarche artistique.
Hell Hina : Quels conseils donnerais-tu à ceux qui veulent progresser en photographie ?
Travailler, travailler et encore travailler ! J’ai passé des années avec des petits carnets où je notais tout. Par exemple, j’allais prendre des photos d’un même endroit à différentes heures, sous différentes profondeurs de champs, lumières, vitesses, etc…. je notais le numéro de la photo et les réglages en questions. Au développement, je pouvais ainsi voir et comprendre qu’est ce qui donne quoi. Ca parait bête et rébarbatif mais il n’y a pas de secret, comme un guitariste doit travailler sa dextérité et sa mémoire en faisant des aller/retour sur sa guitare, un photographe se doit de faire la même chose afin de devenir parfaitement à l’aise avec les bases techniques et pouvoir se concentrer la partie créative. Surtout que pour les nouvelles générations c’est encore plus facile, grâce au numérique les réglages de prises de vues s’affichent directement sous la photo dans l’ordinateur !!!
Hell Hina : Peux-tu nous en dire plus sur ton projet Beautiful but not Rich & Famous ? Est-ce que d’autres images seront publiées au fil des semaines ?
C’est un jour en regardant la télévision que j’en ai eu l’idée. Agacée d’entendre toutes les deux phrases les termes « riches et célèbres » dans les sempiternelles mêmes émissions people. Je suis très attachée au fait d’essayer de révéler les personnalités qui m’entourent, il y a des gens formidables autour de moi qui mériteraient vraiment d’être connus pour ce qu’ils sont. Alors ils n’ont peut-être pas des activités glamour à faire grimper l’audimat mais ce sont eux qui font ce monde et cherchent à le rendre meilleur sans attente de reconnaissance. C’est une façon de leur rendre hommage et de leur laisser pour une fois une place devant l’objectif.
Ce projet prend du temps car je tiens à bien saisir la personnalité de chacun afin de les révéler au mieux mais il y aura encore beaucoup d’autres portraits, c’est un travail sur le long terme.

Hell Hina : Les voyages font vraiment partie de toi, au point que tu songes à te faire tatouer le nom de certains lieux. D’où te vient ce besoin de voyager ?
C’est exact, et j’ai déjà commencé avec Los Angeles. D’autres suivront, comme Natchez, New York et tous les lieux qui comptent pour moi. J’aime l’idée d’être une sorte de preuve archéologique vivante de l’époque dans laquelle je vis. Ca se trouve dans 150 ans, New York ne s’appellera plus New York… et puis il y a de fantastiques artistes dans le monde du tatouage, quand j’en croise un sur ma route, je ne peux m’empêcher de m’arrêter dans son shop et de lui confier une idée ou un projet.
Quant au besoin de voyager, il fait clairement partie de mon éducation. Mes parents sont de vrais globe-trotters dans l’âme, on a déménagé un nombre incalculable de fois et fait de très beaux voyages. Avec le temps, c’est devenu un trait de caractère et mon mode de vie. Si je passe trois mois sans voyager, mon moral commence à battre de l’aile, je commence à douter de tout. Quelque soit la manière, il faut absolument que quelque chose casse régulièrement mon quotidien et ma routine, ça me donne une nouvelle bouffée d’adrénaline qui me permet de tenir les semaines suivantes. Et puis il y a le fait que je n’ai aucun sentiment d’appartenance à une nation ou à une culture. J’ai de nombreuses origines différentes qui font que ma nation, c’est la planète entière. Je m’adapte très facilement et je me sens bien partout. C’est comme si dans votre maison vous ne restiez que dans votre salon… pour moi c’est pareil, j’ai besoin de connaître chaque pièce de la grande maison qu’est la planète, parce que dans chacune d’elles se trouvent les différentes choses dont j’ai besoin pour vivre.
Hell Hina : Quels sont pour toi les avantages et inconvénients de ce mode de vie ?
Le plus difficile est de trouver un compromis. Je ne voulais pas voyager au détriment de ma vie privée et me retrouver toute seule dans une chambre d’hôtel aux quatre coins du globe. Tout comme je ne voulais – et surtout ne pouvait – pas me fixer au détriment d’une vie en mouvement. Pour l’instant cet équilibre je l’ai trouvé à Marseille, qui est mon port d’attache. J’y ai une vie privée tout à fait épanouissante avec quelqu’un qui accepte mon besoin de voyager et m’encourage dans mes activités. C’est un musicien, il est à même de comprendre ce besoin parce que lui-même ne vit que pour son art et ses tournées. C’est une question de confiance, on sait l’un l’autre qu’on prendra soin de nous même pendant notre éloignement, et ce qui nous fait partir avec le sourire c’est que l’on sait que le retour sera heureux avec plein d’anecdotes à se raconter.
Après il y a des choix, par exemple ne pas me lancer dans les reportages de guerre afin que mon ami ne vive pas mon absence avec la peur au ventre que je ne rentre jamais. En même temps j’ai le goût du risque alors je cherche toujours le compromis qui me fait traiter des sujets qui me font vibrer mais qui me gardent un minimum en sécurité. C’est aussi une façon de le respecter et de lui prouver qu’il compte dans ma vie. Lui, en échange, accepte ma liberté et mon besoin de voyager.
Hell Hina : On peut lire que durant ton séjour au Japon tu as eu quelques difficultés financières. As-tu souvent ce genre de problème avec la fréquence de tes voyages ? Est-ce que certaines commandes de photo t’offrent de te payer des frais ?
Oui, au Japon tout était pris en charge sauf mes repas et dépenses quotidiennes (métro, etc..). J’étais en difficulté au Japon car je venais d’acheter le D300 mais ça s’est finalement arrangé par la suite. Cela dit je suis en générale dans le rouge pour plusieurs raisons. La première est que je suis une mauvaise gestionnaire, enfin à vrai dire je n’ai pas envie de gérer quoi que ce soit, j’ai tendance à profiter de la vie. C’est sûrement idiot mais je me dis que tout peux s’arrêter demain, je peux avoir un accident de voiture, d’avion ou plein d’autre chose. Alors à quoi me servirait d’avoir de l’argent de côté quand tout sera fini… Mais ma perception des choses changera certainement lorsque j’aurai des enfants.
La seconde est que j’ai une multitude de matériel à acheter ou à renouveler : lampes, flash, objectifs, etc… et quelques fois des imprévus, comme l’obturateur de mon appareil qui vient de lâcher.
Hell Hina : Quels sont tes projets pour l’avenir ?
Il y en a beaucoup! Continuer de travailler dans la photographie, prendre soin de ma famille, voyager et partir vivre à l’étranger avec une grande préférence pour les Etats-Unis et le Canada.
En photographie, j’aimerai beaucoup travailler sur un reportage dans le milieu médical ou carcéral, j’ai déjà quelques pistes qui sont en places. Ce que je préfère c’est travailler en immersion, peu importe le sujet. On pourrait m’envoyer travailler sur une base navale, un aéroport, une communauté ou n’importe quelle institution, j’en serais toujours très heureuse ! Et puis j’adore les challenges, alors pour l’avenir, tant que j’ai du travail et que je vis de ma passion, ça me va
Je cherche également à rendre pérenne mes activités en studio ici en France, lorsque je suis entre deux voyages ou deux reportages, donc je dois beaucoup démarcher dans la mode, la musique, la photo de produits et la publicité.
Je pense surtout que la priorité pour mon travail est de me trouver un agent digne de ce nom, quelqu’un de vraiment professionnel sur qui je pourrai m’appuyer pour toute la partie commerciale, qui pourrait me conseiller d’un point de vue artistique, me mettre en relation avec les bons réseaux, relancer mes clients et en trouver… c’est ce qui me manque le plus actuellement.





Une super interview pour une super photographe, bravo à vous deux
Le personnage a l’air très intéressant. Dommage que l’itw soit truffée de fautes d’orthographe. Entre le chapeau et la première question, on a déjà du mal a rester (magnifiqueS photoS, quels sont exactement ton métier … à titre d’exemple)
Salut, merci pour ton commentaire ! Orianne m’a déjà fait cette remarque, à vrai dire je n’ai pas encore eu le temps de me repencher dessus. J’ai déjà fait une relecture des réponses, s’il n’y a que des fautes dans mes questions ce sera déjà un gain de temps. J’espère que tu as néanmoins aimé l’interview, au moins dans le fond !
Merci !
Oui j’ai adoré Orianne, j’ai découvert ses photos qui sont superbes. Donc merci à vous pour cette découverte!